L’artivisme : systémique et approche critique

© 2009, JR, 28 Millimètres, Women Are Heroes, Action au bidonville de Kibera, Sans passage du train, Kenya.

Proposition pour le Colloque international « L’activisme artistique et la mondialisation de la scène de l’art », Université Bordeaux Montaigne, 4, 5 et 6 mai 2019.

L’art est cette première approche sensible de traduction du monde développée par ce que l’on pourrait appeler le code de l’homme. Une matrice ontophanique subjective échappant aux algorithmes actuels et échappant à toutes règles connues par la biodiversité contenue par les mouvements indomptables que composent la vie et le vivant. 

Dans cette proposition pour ce colloque sur : L’activisme artistique et la mondialisation de la scène de l’art, il s’agira de voir en quoi l’artivisme résulte avant tout d’un paradoxe tant dans sa forme que dans son contenu, entre esthétique et éthique, et qu’il fait aujourd’hui l’objet par sa logique systémique d’un artifice qui peut être contre-productif pour une émancipation réelle de la scène de l’art mondial partagée entre un effondrement du vivant et une montée en puissance du digital. 

L’artivisme semble exister paradoxalement depuis que l’artiste s’est affranchi de son statut d’artisan (XVII° siècle en Occident). En créant des œuvres indépendantes, ne résultant pas d’objets de commande : l’artiste a mis en place une façon de se positionner face au monde ce qui est en soi un acte engagé de résistance. En se plaçant sur un autre point de vue que la logique majoritaire de l’économie politique, de la communication et de la consommation, il a su se créer une place privilégié car non aliénable par des normes sociétales. L’artiste est donc une des rares figures du corps sociétal capable de se positionner à la fois dans la société tout en étant en dehors d’elle, voir à côté d’elle. C’est ainsi que l’artiste JR a pu pénétrer des territoires interdits pour créer ses œuvres participatives (ex: Palestine-Israël) car n’appartenant à aucun choix politique et religieux. Il est l’un des rares artistes à rester indépendant dans cette démarche artiviste. Cependant, les principales propositions artivistes proviennent de commandes institutionnelles, voir d’enjeux politiques et religieux. En cela, il se généralise une certaine forme de pensée consensuelle dans les intentions. Pourtant, l’éveil des pensées globales des problématiques du Monde ne peut résulter de telles propositions qui sont dictées par une immédiateté de l’action sur le terrain (ex : Olafur Eliasson / COP 21). Celui-ci englobe des règles structurelles particulières qui met à mal la réception de l’oeuvre dans son rapport au contexte (ex : Culture & Santé). L’engagement artistique dans son intention pure ne peut se faire dans le respect s’il n’y a pas préalablement la connaissance des repères historiques et spatio-temporels. Puis, avec « l’état gazeux de l’art » (Y. Michaud) qui se distille dans toutes les sphères sociales, il devient de plus en plus difficile de différencier une action artistique d’une action de communication. Ex : les temps forts comme « Octobre Rose » de la lutte contre le cancer du sein utilise les mêmes techniques artistiques (installations, performances…) pour faire campagne de sensibilisation. Dans ces aspects systémiques, il s’agit ainsi de contre sens car convoquant les mêmes résultats que celui d’une « société du spectacle » (G. Debord) avec un « spectateur qui ne s’émancipe pas » (J. Rancière) basée sur l’événementiel et non pas sur l’instant, celui qui est capable de créer une brèche d’ouverture, voir un vrai interstice pouvant ouvrir vers un autre monde possible.

Bibliographie 

JR, L’art peut-il changer le monde ? Phaidon, 2015.

Stéphanie Lemoine, Samira Ouardi, Artivisme, art, action, politique et résistance culturelle, éd. Alternatives 2010.

Carole Talon-Hugon, L’art sous contrôle, éd. P.U.F, 2019.

Yves Michaud, L’art à l’état gazeux, Stock, 2003.

Paul Ardenne, Un art écologique, éd. Le Bord de l’eau, 2019.

Les Nouveaux Commanditaires, Faire art comme on fait société, éd. Les presses du réel, 2003.

Ankaoua, Fabienne, Pour une éthique esthétique,  Insistance, vol. 8, no. 2, 2012.

Michel Crespin, in Alix de Morant, Cahier Forain des Magnifiques, Lansman éditeur, 2010.

Galvin Lucas, Guerilla publicitaire, éd. Pyramid, 2011.

Marc Jimenez, La Critique : crise de l’art ou consensus culturel ? Collection d’esthétique, 1995.

Mots-clefs : Critique, Systémique, Esthétique, Ethique, Emancipation